Barcelone: la ville est (avant tout) une affaire d’espace public

Par Edouard Proust, Dans Villes exemplaires 0 com. , ,

espace public barceloneta photo pere et fils bcn

Partout reconnue pour la qualité de ses espaces publics, Barcelone nous montre qu’une ville à forte densité est, contrairement aux idées reçues, capable d’offrir énormément d’espace à ses habitants.
L’espace public est très souvent le grand oublié des villes contemporaines. Pourtant, il est un élément fondamental de l’accessibilité de celles-ci, de leur efficacité, de leur mise en valeur et surtout, de la qualité de vie qu’elles offrent. L’espace public est aussi quelque chose que l’on ressent, capable de nous procurer du plaisir, mais qu’on ne voit pas directement. C’est pour cela qu’il est si nécessaire aux villes et à leur appropriation.
Les photos de Barcelone qui suivent, montrent la qualité de vie qu’un traitement sensible de l’espace public est capable de générer.

Photos des espaces publics: lieux de prise et mode de sélection

Les photos ci-dessous ont été sélectionnées de manière à couvrir la majorité des quartiers de Barcelone, centre comme périphérie, sans distinction ni hiérarchie (exception faite de la zone naturelle au Nord-Ouest et de la zone industrielle au Sud car celles-ci accueillent peu de résidents).

Espaces publics à barcelone situation des photos

Sans volonté d’embellir la réalité, les photos sont sélectionnées dans le but de retranscrire l’ambiance générale de chacun des quartiers. Il s’agit donc le plus souvent de rues. Cependant, lorsque le tissu inclue des places en grand nombres et que celles-ci sont indissociables de l’ambiance du quartier, la photo d’une place référente vient alors s’ajouter à la première. En définitive, chaque quartier dispose d’une ou deux photos. C’est la volonté de retranscrire l’ambiance qui définit le nombre de clichés et non celle de mettre en valeur tel ou tel quartier par rapport à un autre.

Enfin, la sélection est affichée de manière aléatoire afin de renforcer cette vision globale. Un peu à la manière de R. Depardon lorsqu’il photographiait la France: les photos sont des échantillons qui, additionnés les uns aux autres, forment un ensemble; et de cet ensemble émerge une sensation générale de la ville, plutôt positive ou plutôt négative. Cette sensation compte énormément lorsqu’il s’agit de juger de la qualité d’une ville dans sa globalité.

Promenade à Barcelone

Cette promenade photographique correspond à une ballade commune (« banale » pourrait-on dire) effectuée à pied à Barcelone. Ce que vous voyez là est le paysage quotidien qu’un Barcelonais peut observer tout au long de l’année et à n’importe quel endroit de la ville lorsqu’il marche dans l’espace public.

Un constat

De nombreuses villes françaises ayant connu une dégradation importante de leurs espaces publics dès la moitié du siècle précédent perpétuent aujourd’hui encore cette logique de stérilisation. A l’inverse, Barcelone est parvenu en à peine 2 décennies à inverser cette tendance de manière remarquable. Les paragraphes qui suivent font état de manière non exhaustive de quelques enseignements issus des photos précédentes. Certains de ces points seront complétés dans un prochain article.

De la qualité partout, sans distinction de quartier

Quel que soit le quartier, l’espace public est traité avec autant d’intérêt. Ainsi, la rupture entre le centre-ville et sa périphérie, que l’on observe très nettement dans les villes françaises, n’apparaît pas à Barcelone. Bien évidemment, cet aspect est renforcé par l’intelligence du plan Cerdà de 1860 qui visait à relier les villages périphériques. Ainsi l’Eixample pensé par Cerdà s’inscrit « au centre » et non pas « autour ».
Lorsqu’on parle d’ « extension urbaine », on imagine malheureusement trop souvent un étalement concentrique au centre, autrement dit, un espace « extérieur » au centre. Cette manière d’opposer les quartiers entre eux donne rarement de bons résultats en termes d’urbanisme.
Barcelone est parvenue à effacer cette sensation de relégation territoriale de la périphérie, grâce à son plan urbain mais aussi à un traitement de qualité de l’espace public dans l’ensemble des quartiers.

Un espace lisible et dessiné

Le traitement de l’espace définit les zones de déambulation, d’arrêt, de circulation et de stationnement de manière lisible et sans équivoque. Cette lisibilité est essentielle car elle libère la vue et donc l’esprit de l’usager qui peut alors profiter pleinement de l’espace. Le mobilier urbain et les différents cheminements semblent à leur place et en nombre suffisant. On saisit le sens de l’espace en un simple coup d’œil.
Cette lisibilité de l’aménagement va de paire avec une certaine accessibilité de l’espace public, qu’il s’agisse des personnes à mobilité réduite (PMR) ou bien des autres usagers: aucun objet ni ressaut n’entrave la route inutilement.
A Barcelone, l’espace public est dessiné en plan et fait l’objet de projets d’aménagement menés par des professionnels compétents en la matière. Car ne nous y trompons pas: plus un espace est clair, plus celui-ci a fait l’objet d’un travail complexe. Un savant jeu de compromis qui ne s’improvise pas.

La liberté juste en bas de chez soi

Très larges de nature ou très régulièrement ponctués d’élargissements, les espaces piétonniers de Barcelone permettent des usages variés, bien plus diversifiés que la simple marche. Lorsque la rue est trop étroite, le trottoir et la chaussée fusionnent pour garder le piéton prioritaire. Ces espaces piétons s’ajoutent aux places et aux parcs qui ponctuent régulièrement le tissu urbain. Ainsi protégée de la circulation motorisée et de ses nuisances/dangers, la vie peut y émerger: jeu d’enfants, sports urbains ou acrobatiques, terrasses de café, lecture au calme, promenade du chien, discussions envolées sur un banc. Au final, tous ces usages sont la plupart du temps réalisables juste en bas de chez soi, dans sa rue directement ou bien au croisement suivant.
On est ici très loin des quelques « poches de vie » éparpillées caractéristiques de nombreuses villes françaises, accessibles au prix de plusieurs kilomètres de déplacement et dont on se contente pourtant.

La puissance verte

La végétation est omniprésente. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer l’importante proportion de vert sur chaque photo. A défaut, le vert est toujours présent, quel que soit l’endroit où le regard se pose. Ceci pour la simple raison qu’une rue sans végétation à Barcelone, ça n’existe pas!
Des parterres enherbés, des bacs plantés, des arbres tortueux et magnifiquement mis en scène. Cette présence végétale embellit l’espace, agrémente les usages, protège du soleil l’été, apporte calme et réconfort.
Alors non: faire pousser des arbres en ville, ce n’est ni impossible ni difficile. C’est, comme bien souvent, une question de volonté.

L’espace public, vecteur d’identité à plusieurs échelles

Le traitement de l’espace public se fait en lien avec le site, qu’il s’agisse du relief, de l’écoulement de l’eau, de l’architecture ou du tracé des rues. Sa variété au gré des quartiers en est la preuve la plus évidente. En lien avec un site en particulier, l’espace public a le pouvoir de renforcer le caractère et l’identité d’un quartier.
Plus encore, ces variations à l’intérieur des quartiers s’inscrivent pour la plupart dans une charte des espaces publics commune à l’ensemble de la ville (elle s’étend même parfois au villes adjacentes): unité du mobilier urbain, de la signalisation, du traitement des limites, des couleurs et des matériaux utilisés, des méthodes de mise en oeuvre… De là émerge une esthétique de l’espace public propre à Barcelone. Et ce qui pouvait sembler anodin au premier abord est capable de renforcer l’identité de la ville toute entière.

Densité vs Sensation d’espace

La densité communale de Barcelone dépasse les 16 000 habitants au km². En guise de comparaison, Paris se situe à moins de 21 500 habs/km².
Malgré cette forte densité, les photos montrent que Barcelone offre énormément d’espace à ses habitants. Le raccourcis qui opposerait la densité à la qualité de vie n’est donc pas vérifié ici. On est même en droit de penser que la densité, en dessinant des rues claires, aide à l’optimisation de l’espace public. Très peu d’espaces sont perdus à Barcelone, le moindre recoin étant rendu accessible et valorisé pour permettre de nouveaux usages.

 

Qu'en pensez vous ?